L’Origine des Problèmes Comportementaux

Dernière mise à jour : 5 août

Dans cet article, nous allons identifier et décrypter les principales causes des comportements posant problèmes aux humains partageant la vie de nos chers poilus. La liste ne sera pas exhaustive, mais suffisamment représentative pour que chacun puisse y trouver une piste de réflexion en cas de difficulté avec le chien qui partage son quotidien.


En préambule, il est important de préciser l’expression «problèmes comportementaux». J’ai choisi ce terme pour ce qu’il éveil dans l’esprit collectif, mais en aucun cas pour sa représentativité du quotidien partagé par chiens et humains.

Dans une sémantique stricte, «problème comportemental» implique le fait que le chien a un problème. La lecture de cet article vous apprendra que la réalité est toute autre et que dans la plupart des situations c’est en fait l’humain qui a un problème avec le comportement du chien qui partage son quotidien.

Il aurait donc était tout aussi juste d’utiliser d’autres expressions telles que : «problème relationnel»,

« comportement normal mais incompris», «comportement canin naturel mais inacceptable par l’humain», «problème d’environnement inadapté», etc…


Vous l’aurez certainement compris, «problèmes comportementaux» n’est qu’une expression générique qui n’a pas été choisie pour blâmer le chien. D’ailleurs, dans notre quotidien de Cynologiste, nous constatons que dans une grande majorité de nos interventions, les problèmes ont une origine prenant forme du «côté poignée de la laisse» : l’humain est, ou crée, le problème.


Ce fait est rarement volontaire ou conscient, mais prenez l’exemple d’un Jack Russel creusant des terriers dans les canapés du magnifique 52m2 de ses humains travaillant chacun 60 heures par semaine. Le problème posé par le chien est-il vraiment dû au chien ? De toute évidence, non !


Détaillons à présent les principales causes des problèmes du quotidien…



Les acquis :


Toute expérience vécue par le chien peut engendrer des comportements nouveaux afin de permettre une adaptation de la part de l’animal.


Positives et aux bons moments, les expériences de vie peuvent être de très bons outils de prévention, notamment pour limiter l’influence de la génétique. Ainsi, des races dont les sujets sont -injustement- indiqués comme «ne supportant pas les congénères», peuvent comprendre des individus parfaitement adaptés et accueillants d’un point de vue «social».


Négatifs, les acquis vont conduire le chien a avoir des comportements inopportuns, des défaillances de communication, une mise en avant de prédispositions indésirables, etc…

Par exemple, le Labrador était considéré comme «le chien gentil par excellence» en France dans les années 1990. Malheureusement, placé dans de mauvaises conditions de reproductions et de vie, ce chien peut aussi se montrer très dangereux.


Les acquis sont parfois très difficiles à déceler et à comprendre car l’expérience de vie peut être temporellement lointaine et le symptôme rester muet très longtemps : Melle K. a adopté une petite femelle Cocker Américain qui avait un comportement «normal» jusqu’à ses 15 mois, mais depuis elle se montre agressive vis-à-vis des chiens noirs qu’elle croise.


Melle K. ne comprenait pas ce qui pouvait causer cette attitude jusqu’au moment où elle rencontra les humains d’une sœur de sa chienne ayant le même comportement. Après un appel commun à l’éleveur le mystère était levé : les cockers ont passé leurs 2 premiers mois de vie à proximité de l’enclos des Terriers Noirs de Russie qui passaient beaucoup de temps à les agresser au travers du grillage.



L’anthropomorphisme :


Lorsque l’on évoque l’anthropomorphisme comme une cause à des problèmes comportementaux, il faut principalement retenir le fait que ce sont les excès qui engendrent les perturbations.

Chaque chien pourra supporter «une dose» d’anthropomorphisme qui lui sera propre avant que cela influe «négativement» sur son comportement.


Évoquer l’anthropomorphisme ne peut se faire sérieusement si l’on exclut la zoothérapie. Dans la zoothérapie «volontaire», on utilise l’animal pour soulager les émotions des humains et tout ce que cela engendre comme conséquences positives.

Mais la réciproque est un point auquel on ne pense que trop peu souvent… Le chien est un animal capable d’émotions, donc s’il est en contact étroit et/ou permanent avec une personne qui est émotionnellement instable, il sera lui-même déséquilibré.


Par exemple, si une femme vient de perdre son mari et qu’elle porte son chien sans arrêt dans ses bras, ce ne sera probablement pas l’acte qui perturbera le comportement du chien. En revanche, elle transmettra sa tristesse, son stress, son angoisse, etc… à l’animal qui les absorbera telle une éponge et qui les restituera sous la forme de comportements inhabituels, inadaptés, voire dérangeants.


A contrario, si la personne veuve a laissé son bichon faire sa vie pendant 10 ans et que d’un seul coup, suite à un événement dramatique, elle se met à le prendre dans ses bras et à le caresser en permanence, l’excès de contact sera aussi responsable du déséquilibre du chien.


L’anxiété :


Une grande partie des problèmes comportementaux peuvent trouver une origine dans l’anxiété de l’animal, et quand un chien est anxieux, la cause est très souvent humaine.


Même avec les meilleures intentions, un humain peut tout à fait créer un déséquilibre émotionnel…

Par exemple, un excès de contacts va engendrer une surproduction d’endorphines et de sérotonine, qui sont deux hormones liées au bien-être. A priori, ce phénomène peut être positif, mais le chien sera plus rapidement et plus souvent «en manque» et il va chercher instinctivement à combler ses besoins habituels par des comportements qui seront souvent considérés comme étant inadaptés, dérangeants, etc…


L’anxiété est une des nombreuses facettes de la peur. Bien que cette dernière puisse avoir des motivations intrinsèques, la voie vers une amélioration passera toujours par une modification des comportements humains.



La génétique :


Elle peut tenir une grande part dans la prédisposition à ce que l’on juge être des problèmes comportementaux.


La génétique est un paramètre complexe à gérer et c’est une discipline qu’il est délicat de comprendre. Cependant, pour prendre un exemple simplifié et vulgarisé au maximum, il est aisé de constater qu’un chien descendant d’une lignée de «craintifs» (entendez par là : «renonçant très facilement à un comportement d’ouverture dès qu’une stimulation à potentiel anxiogène se présente») aura probablement un comportement à tendance craintive.


Trop complexe, abstraite ou peut-être pas assez fun, la génétique est un domaine qui nous concerne tous et qui pourtant n’est pratiquement jamais maîtrisé. Malheureusement, cette méconnaissance engendre une non-information, une occultation de la discipline, qui est la source de nombreuses difficultés rencontrées.


L’histoire de Mme S. est un bon exemple… A 83 ans, elle vit seule dans un petit appartement en rez-de- chaussée et a craqué sur l’adorable bouille d’un magnifique Schnauzer miniature en allant nourrir les animaux du refuge proche de son domicile.

Malheureusement, depuis qu’elle a adopté son animal, Mme S. rencontre de nombreux problèmes avec les occupants des appartements de son immeuble, car son petit ange passe son temps à aboyer.

Face à ce problème, les voisins accusent Mme S. d’être une «mauvaise maîtresse», les personnes du refuge estiment que l’ancien propriétaire a dû mal agir, le vétérinaire habituel proclame que le chien est «dérangé» quand un de ses confrère le déclare HS- HA.


Et Mme S. dans tout ça ? Elle est perdue et attristée par tous ces tracas car elle ne va pas pouvoir garder son petit soleil.


Si seulement quelqu’un avait pensé à expliquer à Mme S. que cette race est sélectionnée depuis des centaines générations pour avoir ce comportement précis, une solution adéquate aurait été imaginée pour satisfaire chien et humains…



La mauvaise gestion d’un cheptel de reproduction peut également conduire à une prédisposition à certains problèmes comportementaux. Cela se remarque notamment sur les portées succédant un film dans lequel une race est mise en avant. Bien que fantastiques aux yeux des enfants, «les 101 Dalmatiens» ont été extrêmement préjudiciables au bon développement de la race. Les séries, émissions TV et choix de mode, à moindre échelle, ont les mêmes effets néfastes.

Pire encore, la génétique est souvent , inconsciemment ou non, «racontée» par des pseudos- connaisseurs qui, volontairement ou non, font de la désinformation une véritable arme de destruction massive pour les chiens et leur relation à l’humain. On se retrouve ainsi dans un monde où chacun clame haut et fort qu’il n’existe pas de races mauvaises, méchantes ou dangereuses, mais où chacun vante les mérite de telle ou telle race en l’annonçant : gentille, douce, bonne, sympa, etc…

Dangereux paradoxe ou simple «schizophrénie de bonnes intentions» ?


L’insatisfaction des besoins :


Elle est le reflet d’un manque d’exutoires qui conduit le chien à emmagasiner de l’énergie qu’il restituera sous la forme de problèmes comportementaux. Généralement associée à de l’ennui, l’insatisfaction des besoins peut être dévastatrice pour l’environnement du chien, mais aussi pour lui-même.


L’insatisfaction des besoins considère principalement deux aspects que sont le manque d’exercice physique et l’impossibilité de satisfaire ses instincts.


Lorsque Monsieur J.P. adopte un petit Labrador pour tenir compagnie à ses enfants, il y a un grand risque que M. J.P. n’ait pas conscience que son chiot peut être issu d’une lignée de chiens sélectionnés depuis 15 générations pour leurs capacités de chasseurs émérites. M. J.P. va, sans le savoir, au devant de graves problèmes, car son chien aura des besoins qu’il sera difficile d’assouvir dans une routine familiale boulot-dodo.


Inversement, si une grande sportive fan de jogging se décide à acquérir un petit Yorkshire pour l’accompagner dans ses 10 km quotidiens de course, un problème physique va se poser. En quelques mois le chien aura une usure extrême des articulations, car son corps ne sera pas compatible avec les pratiques humaines imposées.



La maladie :


Lorsque l’on est confronté à des problèmes comportementaux, il est important de s’assurer que le chien n’est pas malade, ou que son comportement dérangeant ne soit pas la résultante d’une maladie. Seul le vétérinaire est apte et habilité à diagnostiquer et traiter une maladie.


Le manque de règles :


Volontaire ou non, le manque de règles peut être aussi se manifester par des erreurs éducatives. Un signal envoyé au mauvais moment, à mauvais escient, sera anodin pour l’humain, mais «impactera» suffisamment dans l’esprit du chien pour influer sur ses comportements futurs.


Quand Mme U. se plaint d’avoir un Pinscher nain qui aboie sans cesse, mais qu’à chaque séquence d’aboiements elle râle, le signal envoyé au chien est «je veux que tu te taises », mais le signal reçu est «ce que tu fais est fun, aboyons ensemble».


Le chien se fixera donc comme règle d’aboyer dès que possible puisqu’il obtient alors la satisfaction de déclencher ce qu’il perçoit comme une action commune positive.


Avec douceur et dans le plus grand respect du chien, il est important de mettre en place des règles de vie commune qui se doivent d’être fixes, stables, cohérentes, compréhensibles, et respectées, tant par le chien que ses humains.


Toute omission ou négligence amènera le chien à choisir quelle règle il veut se fixer. Bien sûr, certaines vont nous convenir, comme se prélasser au soleil quand il n’est pas sollicité, mais il peut aussi se fixer la règle de creuser des galeries dans la magnifique pelouse ou se faire les dents sur le bonsaï centenaire planté tel un Graal au milieu du jardin.


Pour le chien cela ne fera pas différence, il aura simplement exploité, en excellent opportuniste qu’il est, le manque de règle dont il est victime pour répondre à ses besoins instinctuels.



Graphiquement et de manière simplifiée, nous pouvons considérer la répartition suivante dans l’origine des problèmes comportementaux rencontrés par nos clients :




Source CynoPsy LLc Etude basée sur un panel de 2 000 chiens sans distinction sexuelle, raciale ou géographique. Statistique établie sur une période de 24 mois.


Impressionnante cette implication humaine dans les problèmes comportementaux !


Vous pourriez être désespérés de ce constat, mais il n’est pas là pour accabler qui que ce soit, bien au contraire !


En l’analysant de façon positive, le graphique ci-dessus permet de se rendre compte que dans plus de 50% des cas, il suffit simplement d’un changement venant de l’humain pour que les comportements des chiens soient plus conformes à nos attentes. Et si l’on considère que l’environnement peut être géré par l’humain, c’est près de 70% des problèmes comportementaux qui peuvent être traités simplement.


Donc si vous vous reconnaissez dans un des problèmes listés dans cet article, gardez à l’esprit qu’un simple petit effort de votre part peut améliorer durablement la relation avec ce petit être que vous avez tant désiré et qui vous a apporté tant de bonheur…

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